[Kaléidoscope #03] Statistiques et témoignages sur les relations intra-systèmes par Atoll
Les relations d’amitié sont-elles plus fréquentes que les relations conflictuelles, voire de haine entre les alters ? Est-ce que les alters font parfois partie de la même famille au sein du système ? Et si oui, quels types de liens familiaux existe-t-il dans les systèmes ? Les couples (ou trouples, etc.) sont-ils fréquents entre les alters ? Sont-ils exclusifs, ou arrive-t-il qu’un.e alter soit en couple avec un.e alter dans le système ET avec une personne extérieure au système ? Voilà quelques questions auxquelles nous allons répondre, grâce à votre participation à l’enquête !
Multiplicité et dissociation (TDI, alters, conflits internes, persécuteurices, mémoire altérée, confusion identitaire, perte de contrôle) ; Trauma et abus (références aux traumatismes, programmation, amnésies, sentiment de mort) ; Violence et sécurité (situations dangereuses, blessures, altercations) ; Relations intra-systémiques (hiérarchie, contrôle, famille, couples, reparenting)
Transcription:
Bienvenue dans cette vidéo sur les relations intra-système.
Dans le cadre de cette édition de Kaléidoscope, nous avons mis en ligne fin décembre un questionnaire pour obtenir des données statistiques sur les relations entre les alter d’un même système.
Les relations d’amitié sont-elles plus fréquentes que les relations conflictuelles, voire de haine entre les alters ? Il y a-t-il beaucoup de systèmes avec une hiérarchie entre les alters ? Est-ce que les alters font parfois partie de la même famille au sein du système ? Et si oui, quels types de liens familiaux existe-t-il dans les systèmes ? Les couples (ou trouples, etc.) sont-ils fréquents entre les alters ? Sont-ils exclusifs, ou arrive-t-il qu’un.e alter soit en couple avec un.e alter dans le système ET avec une personne extérieure au système ? Il y a-t-il des systèmes sans littles ? Les littles ont-iels des alters parents ou qui tiennent un rôle de parent ? Et qu’en est-il des « PNJ », ces êtres – humain.es ou non-humain.es – qui ne sont pas des alters mais qui existent dans l’inner chez certaines personnes multiples ?
Voilà quelques questions auxquelles nous allons tenter de trouver des réponses, grâce à votre participation à l’enquête !
Cette fois, c’est plus de 160 systèmes ( !) qui ont répondu au questionnaire, dont plus d’une centaine en moins de 12 heures ! Whao, on ne s’y attendait pas du tout ! Merci à toustes celleux qui ont participé, et également à celleux qui ont partagé l’enquête sur leurs réseaux sociaux et à leurs proches.
L’échantillon est ainsi plus conséquent que pour la vidéo « Multiplicité et stéréotypes de genre » d’octobre dernier. On peut espérer que les statistiques seront d’autant plus fiables, même si, on le rappelle, nos questionnaires ne sont pas de réelles études scientifiques ! Il ne s’agit pas ici de tirer des vérités générales sur la multiplicité et les personnes multiples, mais simplement de donner un aperçu partiel (huhu !) de tendances qui pourraient se vérifier ou pas dans une étude scientifique plus large.
Enfin, je précise que la seule chose objective dans cette vidéo sont les chiffres en eux-mêmes.
Merci également aux 56 systèmes qui se sont portés volontaires pour témoigner auprès de nous de leur expérience, de leur vécu de personnes multiples. Pour des raisons évidentes de « notre temps n’est pas illimité et c’est une frustration sans fin », nous n’avons pas pu faire un entretien avec chacun des 56 systèmes volontaires. Nous avons sélectionné 7 systèmes avec lesquels nous avons échangé, et nous diffuserons des extraits de leur témoignage dans cette vidéo.
Enfin, merci à Epsi et Kara pour leur soutien et pour tout ce qu’iels font depuis des années pour la communauté multiple.
Grâce à votre accueil enthousiaste de notre première vidéo – on avait peur qu’une heure de statistiques vous fasse fuir ! – on s’est autorisé à réitérer avec cette nouvelle enquête, et on compte bien continuer.
Vous pouvez donc à présent nous suivre sur Instagram, Facebook et Youtube, sous le nom Être.s multiples. On y propose des enquêtes, des sondages ; on y diffuse des statistiques, des extraits de témoignages, et suivant l’humeur et l’envie des alters du système, on fera surement plein d’autres choses. Pour celleux qui sont déjà abonné.es, vous avez pu voir que les littles ont des idées et savent s’imposer !
Avant de commencer, un petit topo « Triggers warning – avertisseurs de contenu ».
Même s’il y a forcément des mots triggers dans la vidéo, il n’y a pas de détails évoqués dans les parties statistiques. Dans les parties témoignages, il arrive que des thèmes potentiellement trigger soient mentionnés. Voilà une liste globale, et non exhaustive, des triggers potentiels.
Multiplicité et dissociation (TDI, alters, conflits internes, persécuteurices, mémoire altérée, confusion identitaire, perte de contrôle)
Trauma et abus (références aux traumatismes, programmation, amnésies, sentiment de mort)
Violence et sécurité (situations dangereuses, blessures, altercations)
Relations intra-systémiques (hiérarchie, contrôle, famille, couples, reparenting)
Cette introduction est aussi longue que la liste des alters de mon système encore dans les ombres, sacrebleu !
Let’s go, c’est parti pour les données générales !
On a fait léger cette fois-ci, en vous demandant simplement dans quel trouble dissociatif/définition de la multiplicité vous vous retrouvez, que ce soit avec ou sans diagnostic, afin de voir si l’on avait une diversité dans les profils ou pas.
Et c’est le cas !
Dans quel trouble dissociatif ou définition de la multiplicité vous retrouvez vous ? (Avec ou sans diagnostic)
Bien que les TDI soient une majorité avec presque 60% des répondant.es (ce qui s’entend pour un sondage qui pose des questions très spécifiques sur les alters), nous avons aussi 19% de personnes se définissant comme multiple/plural, 7,5% qui ne se définissent pas, 6,2% de TDI-P (TDI partiel), 2,5% d’ATDS et 1,2% de TDNS. De façon minoritaire – 1 système à chaque fois – nous trouvons d’autres « étiquettes », comme « médian », « TDI complexe programmé », ou sur plusieurs définitions à la fois « multiple et ATDS », « TDI et multiple », etc.
Entrons maintenant dans le vif du sujet : les relations intra-systèmes.
Nous avons défini 6 catégories de relations. Il y en a évidemment bien plus, mais voilà, il faut bien choisir des petites boites pour organiser les données, et pas trop non plus, sinon on fait une vidéo de 5 heures et tout le monde finit desséché devant son ordi.
So, nous verrons :
• Les relations ami.es – ennemi.es entre alters
• La hiérarchie et les relations d’autorité au sein du système
• Les familles d’alters
• Les alters en couple (ou trouple, etc.)
• Les enfants au sein du système (littles) et les alters parentaux
• Et enfin, les PNJ, c’est-à-dire les êtres qui ne sont pas des alters mais qui apportent de la compagnie à vos alters dans l’inner.
Vous verrez qu’il y a peu de questions par catégories. L’idée était d’avoir des tendances générales, qui permettront de faire d’autres enquêtes plus approfondies pour chaque catégorie. L’expérience et le vécu des personnes sur le spectre de la multiplicité est vaste, et nous n’avons pas la prétention de tenter de l’explorer en une seule enquête.
Les relations Ami.es – Ennemi.es.
Tout d’abord, il y a-t-il des alters qui sont ami.es au sein d’un même système ? Pour 96,3% des personnes multiples, c’est oui. On note une petite frange d’indécis.es (3,1% des systèmes répondant.es) et un système certain de n’avoir pas d’alters ami.es hors lien de parenté.
Et des alters ennemi.es, il y en a-t-il ? Les réponses sont plus variées, avec une majorité de systèmes qui connaissent le conflit entre au moins 2 de leurs alters (61,5%), 28% de systèmes où il n’y a aucune relation d’ennemi.es, et 10,6% qui ne se prononcent pas.
Mais ces relations ont-elles toujours été ainsi ? Nous avons demandé aux répondant.es s’il y a dans leur système des relations entre alters qui ont évoluées avec le temps, comme des ami.es qui deviennent ennemi.es ou inversement. C’est le cas dans 82,6% des systèmes. Dans une grande majorité des cas, l’état des relations n’est donc pas définitif, dans un sens comme dans l’autre. Toutefois, on note 7,5% de systèmes où les dynamiques de relation ne changent pas, et 9,9% où l’on ne sait pas.
Pour résumer, notons que dans 96,3% des systèmes, il y a des alters qui sont amis. Et 61,5% des systèmes connaissent des conflits internes. Les relations évoluent dans 82,6% des cas. Cela met en évidence une fluidité dans la structure des systèmes, avec la transformation des relations au fil du temps, et une place prédominante mais pas exclusive des liens d’amitié.
Avec Macha, nous avons parlé de ce type de dynamique au sein d’un système, entre des alters qui ne s’accordent pas, mais dont la relation évolue avec le temps. Voilà leur témoignage :
« Je n’ai pas beaucoup d’informations sur mon système, et je ne suis pas vraiment en communication avec les autres alters. À ma connaissance, on est 7. 2 littles, 2 ados, moi et deux qui restent en interne et ne frontent jamais. À part Charlotte et moi, aucune autre n’a de prénom.
Il y en a 3 que je connais relativement bien car elles viennent en co-front. Et lorsqu’elles sont là, même si je n’ai pas de moyen d’action, je suis là et je sais ce qu’il se passe.
Charlotte, elle, peut prendre totalement le contrôle du corps, et je ne sais pas ce qu’il se passe quand elle est au front. Si elle veut, elle peut me laisser voir, mais en général elle préfère me faire partir. Charlotte est apparue à mon entrée au lycée. À cette époque, j’ai eu l’impression d’avoir évolué, changé avec le lycée. Mais à la fin du lycée, je suis redevenue comme avant. Je n’étais pas au courant de ma multiplicité, je ne comprenais pas pourquoi j’avais « régressé ». Maintenant que j’ai conscience de la dissociation, des amnésies, etc, je comprends qu’au lycée, c’était Charlotte.
Nous sommes très différentes. Je suis une personne très timide, réservée. Charlotte, elle, n’a aucun problème à parler aux gens, elle n’hésite pas à se battre. Elle ne connait pas la peur, alors que moi je suis pétrie d’anxiété. Je ne sais pas ce qu’elle sait, même si je pense qu’elle sait plus de choses que moi, et que tout ce que je sais, elle le sait. Mais il n’y a pas de communication entre nous. À la base, je ne l’aimais pas et c’était réciproque. D’ailleurs, elle le prend très mal si on nous confond.
Ça a été très difficile à accepter, et c’est encore difficile aujourd’hui. C’est arrivé récemment qu’elle fronte dans un moment où j’étais avec des ami.es. Ces dernier.es ne sont pas au courant de ma multiplicité et je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Comme je ne me souviens pas, j’imagine le pire et j’ai honte. J’ai peur de passer pour folle, bizarre, d’être jugée. Et en même temps, je ne veux pas savoir.
Ça m’est déjà arrivé de me réveiller d’une dissociation et de me rendre compte que je suis des lits d’inconnu.es ou enfermée dans une cellule. Je me suis aussi réveillée à l’hôpital, avec un cocard et sans chaussures. Je n’ai jamais retrouvé mes chaussures ! C’est très angoissant pour moi. Et en même temps, je ne veux pas savoir ce qu’il s’est passé.
Cependant, un jour, elle nous a sauvé. Un homme a voulu rentrer chez moi, il a bloqué la porte au moment où j’ai voulu la fermer. Je me suis dissociée. La première alter qui est venue, c’est ma toute petite fille qui était terrorisée. Elle est restée une fraction de seconde, puis c’est Charlotte qui est venue, mais sans me bloquer. Elle nous a défendu physiquement, puis elle m’a laissé de nouveau le contrôle. À ce moment-là je me suis dit : « Ok elle peut m’apporter des problèmes, ok elle est assez extrême, mais n’empêche que c’est une ressource ! » Moi je n’ai pas les épaules pour gérer ce genre de situations. Malheureusement, mon système n’est « pas très bien fait », car c’est une gosse qui fronte dans les situations de danger. Heureusement que Charlotte était là !
J’ai compris qu’elle se préoccupait de la sécurité d’au moins une partie du système, notamment des deux littles. Je sais que si elles sont en danger, Charlotte va venir, et c’est très rassurant ! »
Merci à Macha pour leur témoignage ! Et vous, est-ce que vous relatez ce type de relation ?
Passons maintenant à la catégorie suivante.
Les relations d’autorité et la hiérarchie
Nous vous avons d’abord posé une question liée à la programmation. En effet, les systèmes programmés ont en général un fonctionnement particulier : lorsqu’un.e abuseureuse extérieur.e au système programme quelqu’un.e , iel le fait dans un objectif de contrôle. Il est donc fortement probable qu’un système programmé ait une hiérarchie au sein de son système.
Voilà pourquoi nous vous avons posé la question : Êtes-vous un système programmé ?
Parmi les répondants, il y a 8,7% de systèmes programmés, presque les ¾ qui ne sont pas programmés, et environ 17% de systèmes qui ignorent s’ils sont programmés ou non.
Nous vous avons demandé, tout type de systèmes confondus, s’il y avait une hiérarchie dans votre système. Presque la moitié d’entre vous nous a répondu que oui. 35,4% ont indiqué n’avoir aucune hiérarchie, tandis que 14,3% ignorent s’ils en ont une ou non.
Entrons un peu plus dans le détail :
Parmi les systèmes programmés, 85,7% expliquent avoir une hiérarchie au sein de leur système. Parmi les 14,3% restants, qui représentent 2 systèmes, 1 n’a pas de hiérarchie et 1 autre ne souhaite pas répondre à la question.
Cependant, le fait d’avoir une hiérarchie dans son système n’est pas réservé aux systèmes programmés. Parmi les systèmes non programmés (étant certains de ne pas l’être), 41,7% indiquent avoir une hiérarchie entre leurs alters. On comprend donc que la structuration hiérarchique n’est pas uniquement une conséquence de la programmation externe, mais peut émerger naturellement dans les systèmes.
Notons aussi qu’il est également très fréquent de n’avoir pas de hiérarchie ! Encore une fois, tout ce que montre les chiffres, c’est que toutes les configurations existent. Quelle que soit votre expérience de la multiplicité, vous êtes légitime !
Enfin, on peut ne pas avoir de hiérarchie dans son système et pour autant que certain.es alters aient une relation d’autorité sur d’autres alters. Pour 75,8% des systèmes ayant répondu à l’enquête, au moins un.e alter a une relation d’autorité sur un.e ou plusieurs autres.
Nous avons échangé avec deux systèmes dont l’organisation interne présente une hiérarchie : un système programmé, et un système non-programmé. Commençons par le témoignage d’Équinoxe.
« Comme beaucoup de systèmes programmés, il y a une hiérarchie au sein de notre système. Nous avons des alters « gestionnaires de crises », des protecteurs, des caregivers (des alters chargés de prendre soin du système/ des autres alters), etc.
Tout est très schématisé, très organisé, chaque alter est complémentaire des autres, y compris des alters qu’on pensait être simplement des parts trauma. On s’est rendu compte qu’iels avaient un rôle spécifique dans notre pyramide et face à la programmation.
On fonctionne avec un pôle d’hôtes, c’est-à-dire qu’on est un groupe d’hôtes toujours au front, avec l’impression de ne jamais switcher, d’être une « soupe » d’une personne, alors qu’on est nombreux à être au front. La programmation joue beaucoup dans ce sentiment.
On n’a pas accès à l’inner et pas accès au lien avec les autres alters. Néanmoins, ces autres alters s’organisent de manière coordonnée face à la programmation, et des relations parfois amicales, parfois amoureuses, parfois familiales entre eux. Certains alters ont pris le rôle de parents pour certains littles, ou d’aidants pour d’autres alters.
Quand un programme se lance, il y a une solidarité dans le système : des alters protecteurs vont aller « main dans la main » éteindre le programme, des gate-keepers vont donner le front à certains care-givers qui vont réparer, aider s’il s’est passé des choses plus ou moins graves, etc.
Cette entraide intra-système continue de se développer au fur et à mesure de la déprogrammation, et aussi grâce au fait d’être entouré.s d’autres systèmes, d’avoir des proches multiples.
L’aspect négatif de cette très grande organisation et hiérarchie dans notre système, c’est que lorsque la programmation prend le dessus, ça peut avoir des effets catastrophiques.
Par exemple, il y a 1 an et demi, un programme très dangereux s’est déclenché et a eu comme conséquence désastreuse de faire partir en dormance un de nos gestionnaires de crise, celui qui s’occupait de plus de choses dans le système. Il relationnait avec le protecteur principal, et son départ a fait s’effondrer comme un château de cartes toute l’organisation du système.
Ce qui est paradoxal, c’est que nous, le groupe d’alters hôtes, nous n’avons pas vraiment conscience de tout ce qu’il se passe derrière. On vit notre vie, avec l’impression que c’est toujours plus ou moins calme. On ne ressent pas la complexité de notre système.
En fait, nous, le groupe d’hôtes, on n’a pas conscience de la programmation. Et puis on ne s’en souvient pas. Tout ça fait partie de la programmation ! Ça nous donne l’impression de vivre de façon très détachée du reste du système, et c’est assez dur, car on a l’impression d’être mis à l’écart involontairement. On en prend conscience quand des alters concernés viennent au front et nous racontent. Cependant – et on ne sait pas exactement quelle est l’influence de la programmation là-dessus – ces alters qui ne sont pas des hôtes, lorsqu’iels viennent au front, perdent énormément la mémoire de ce qu’il se passe derrière. On a des archivistes qui s’occupent de tout ça, mais il y a beaucoup de pertes.
D’un côté, nous on se sent isolés, et derrière, c’est très complexe, très solidaire et très unifié. »
Merci à Équinoxe pour son témoignage !
Maintenant, écoutons celui d’Indra :
Le système, il est assez simple. On est 6 principaux et 2 secondaires. C’est comme qu’on a décidé un peu les rôles. Dans les principaux, on a un homme cerf, une femme âgée démon, un enfant humain, une fille ado qui est un ange, une ombre vivante et une espèce de fantôme/dieu – il ne sait pas trop ce qu’il est mais bon c’est à peu près ça – et dans les secondaires y’a un homme loup et une espèce d’esprit. Celui qui est un dieu a une autorité sur tous les autres. Hiérarchiquement, en fait, en première position il y a donc Mass qui est donc le dieu, en second c’est Ano qui est l’ombre vivante, après il y a tous les autres qui sont en système juste en dessous et juste le little, l’enfant humain, qui est vraiment en dernier. Angie, qui est la femme âgée démon, et Hap, qui est donc le little, ont un lien grand-mère/petit-fils slash professeur/élève. Fenrir qui est l’homme loup et Scare l’homme cerf ont un lien de frères. L’esprit, qui a décidé de ne pas nous communiquer son nom, et le little, ont un lien de meilleurs amis, entre guillemets. Sady, qui est l’ange, à un lien de sœur avec Scare et Hap. Dans le principe, tout le monde se réunit pour prendre une décision. Tout le monde a pour ainsi dire une voix, que ce soit un alter principal ou secondaire, et ça se votre à la majorité. Après, le dieu a le droit de poser un véto s’il a pas envie. Sur le plan purement fonctionnel, ça s’est fait comme ça naturellement. Sur le plan plus historique de la création du système, vu que c’est le dieu qui a créé un peu l’inner, c’est lui qui prend les décisions. Au point où s’il a envie de mettre une montagne à un endroit, il va mettre la montagne à l’endroit et nous on a pas notre mot à dire. Chaque alter a sa pièce de vie, si on veut, pratiquement une maison entière chacun, et du moment que le dieu ne fait aucun changement sur la périphérie directe de la maison ou l’intérieur de la maison, y’a pas de soucis. Le corps est dirigé par jamais moins de deux alters. À part le dieu qui peut se permettre de gérer seul mais sinon tous les autres sont obligés d’être par deux, sinon c’est le bordel. Au début y’avait pas de communication, et c’était tellement n’importe quoi que on a fini par plus rien faire en fait. Le réveil sonnait le matin, on l’éteignait on se rendormait et voilà. Angie et Scare ont des tempéraments qui se complètent en fait. Angie qui est quelqu’un de très impulsive, et qui se met en colère très facilement, elle est quasiment voire quasiment que en cofront avec Scar qu’est très calme, très réfléchi et autre pour la tempérer. En soi, quand on regarde les caractères des alters, s’ils sont par deux c’est pas pour rien car il y en a toujours un qui contrebalance les caractéristiques de l’autre pour que ce soit à peu près équilibré.
Merci à Indra pour son témoignage. On passe aux relations de famille au sein d’un système.
Les familles d’alters
Les alters peuvent être de la même famille, soit parce que le cerveau les a créés ainsi, soit parce qu’un lien familial s’est établi entre les alters d’un même système. On se demandait quelle était la proportion de systèmes dans lequel au moins 2 alters partagent un lien familial, et quel type de lien.
Dans votre système, il y a-t-il des alters qui sont de la même famille ? On voit qu’il y a souvent des liens familiaux entre les alters d’un même système, car 71,4% d’entre vous répondent par l’affirmative. Dans 21,1% des systèmes, il n’y a aucun lien familial entre leurs alters.
On vous a questionné sur la présence ou l’absence de frères/sœurs et/ou adelphes dans votre système. 67,1% des systèmes ont des alters qui partagent un lien de ce type avec un.e ou plusieurs autres alters. 24,2% n’ont pas de frères/sœurs/adelphes parmi leurs alters. Enfin, 7,5% ignorent s’il existe des liens de ce genre parmi leurs alters.
Et il y a-t-il des liens de parenté de type enfant/parent ? La réponse est plus partagée que pour la question précédente. Pour la moitié des systèmes répondants, c’est le cas. Tandis que presque 40% n’ont pas ce type de lien dans leur système.
Et existe-t-il d’autres types de liens familiaux dans vos systèmes ?
C’est le cas dans 29,2% des systèmes. Voilà un échantillon de vos réponses à cette question :
Des cousin.es
Des tantes/oncles et des neveux/nièces
Des grands parents
Des ancêtres plus lointains
Plusieurs générations d’une même famille
Des belles-sœurs, des beaux-frères, des bels-adelphes
Des marraines et des parrains, des filleul.es, etc.
Chez certains systèmes, cela a également une influence forte sur l’apparence physique des alters. Comme par exemple chez Miscé :
Tyler, Lou et moi, c’est un peu le noyau dur. En fait, on se considère comme frères et sœurs, même dans comment on se voit dans l’inner. Moi, j’ai exactement le même corps que le corps ici. Et Lou, elle a un corps un peu similaire, c’est un peu comme si on était jumelles. Et Tyler a beaucoup de ressemblances à mes frères. Mais à côté, Kali ne ressemble pas du tout à Lou ou à moi, ni à ma famille, et Cassie encore moins. Alors que Lou, Kali et Cassie sont d’une même souche, j’ai envie de dire.
Merci Miscé pour cette anecdote sur votre système !
Pour autant, il n’est pas nécessaire que les alters aient un lien familial établi pour fonctionner comme une famille. Écoutons Loulio nous parler dans le détail du fonctionnement de leur système, et notamment des relations avec les alters introjects du système.
« En fait, notre système, ce qui est très intéressant et ce qui nous fait du bien, c’est qu’on est tous très soudés. Il n’y en a pas un qu’on met de côté, il n’y en a pas un qui est éloigné ou qu’on n’écoute pas. On a vraiment établi quelque chose de très solide dès le début. On a eu forcément des problèmes, je pense comme beaucoup, mais vraiment maintenant, on essaye de s’écouter, d’avoir la parole de tous et de vraiment avoir établi des bases solides. Donc tout le monde est accepté de la façon dont il vit. On essaie d’arranger les choses pour que tout le monde soit à l’aise, surtout. J’ai beaucoup de troubles, on va dire, qui font que j’hyperfixe extrêmement facilement sur énormément de sujets, énormément de personnages, énormément d’histoires, énormément de trucs. Et ça, chez nous, provoquait beaucoup l’apparition d’introjects. Ce que je trouve vraiment intéressant chez nous, c’est vraiment les relations qu’on a pu établir avec eux. On a vraiment tout type d’introjects. On a de ceux qui ressemblent presque trait pour trait à leur source et qui ont beaucoup de mal à interagir avec d’autres représentations d’eux-mêmes, entre guillemets, puisque c’est pas eux-mêmes, mais vous avez compris. On en a d’autres qui sont complètement détachés, mais pourtant gardent des racines. On sait très bien qu’ils viennent de, par exemple, d’une œuvre ou d’un jeu, etc. Mais qui, pourtant, se sont très bien intégrés et vivent comme s’ils étaient complètement détachés. En tant qu’introjects, certains ont vraiment du mal. Et on a essayé de leur créer leur propre identité, leur propre vie, leurs propres intérêts. Et c’est vraiment ce qui est marqué chez nous. On a beaucoup d’introjects fictifs, donc du coup basés sur des personnages de fiction. Et on a un peu moins d’introjects factifs, basés sur des vraies personnes. Mais c’est ceux-là qui sont, je pense, les plus difficiles à vivre pour eux, puisque la personne, ils peuvent la voir en vrai et se dire, « Bah mince, pourquoi je suis là et en fait je suis pas là ? » Enfin, c’est surtout nos factifs qui ont du mal avec leur légitimité. » Surtout, un, j’ai un exemple en tête. Lorsqu’un de nos introjects factifs est apparu, pendant très longtemps, ça a été extrêmement compliqué, puisqu’il a invalidé absolument toutes les représentations de lui, même lui-même. Quand on regardait des vidéos de cette personne, parce que du coup c’est une célébrité, c’était quasiment impossible de la regarder tranquillement, sans qu’il entre en crise ou sans qu’on sente vraiment un poids très très lourd. En fait, chez nous, c’est plutôt des sensations, des sentiments, lorsqu’un alter ne va pas très bien. Et pendant très longtemps, ça a été compliqué. Enfin, lui en particulier, il pensait qu’il était l’original, quoi. Et que c’était juste une mascarade, que de toute façon, on mentait, que c’était pas la réalité. Et pendant très longtemps, ça a été très compliqué de lui faire prendre conscience de sa situation, en fait. Mais on a de très bons alters sociaux qui ont su l’écouter, qui ont su rester avec eux, aussi nos aidants internes, qui ont su l’accompagner et qui maintenant, ça va un peu mieux. Disons que… Je pense que c’est toujours difficile. C’est difficile d’accepter le fait qu’on est juste une invention, entre guillemets. Je pense qu’on a fait le nécessaire pour que tout le monde ait une place et qu’ils se sentent tous importants. Et puis voilà. Au début, ça a été assez compliqué, puisqu’on a eu beaucoup d’arrivées d’introjects d’un coup. C’est des alters avec énormément de conscience et énormément d’énergie, entre guillemets. Toutes leurs émotions négatives, on les a en première ligne, sachant qu’en plus, on est hypersensibles. Donc, ça a un peu divisé. On a eu beaucoup de mal à accepter certains d’entre eux, au tout début. Moi, je suis vraiment plus quelqu’un qui a un caractère un peu fort et un peu… J’aime bien mon coin, j’aime bien être seul.e, j’aime bien ma routine, mes trucs, mon quotidien. Au début, ça nous a vraiment chamboulé d’en avoir vraiment beaucoup. Maintenant, il y a vraiment de l’entraide. On a vraiment une espèce de hiérarchie entre nous. On l’a noté quelque part. Nos gatekeepers, c’est ceux qu’on écoute. Ils ont vraiment un charisme et ils sont gentils. Je veux dire, il n’y a pas de rapport de force. Juste, ça s’est établi comme ça. Disons que c’est un respect mutuel qu’on a eu depuis le début. On a du coup une hiérarchie, mais qui… s’est établi dès le début. Notre gatekeeper est apparu assez tôt, quand on n’était que cinq, encore. Donc, il a eu la décence d’esprit de se dire, bon, on va essayer d’établir quelque chose de stable, d’organisé. Il a eu vraiment cette prise d’initiative qui nous a fait nous dire, OK, lui, on va peut-être l’écouter. Au début, j’avais un peu du mal avec lui, je pense. Je n’aime pas qu’on me donne des ordres, je n’aime pas être au service de quelqu’un. Mais en fait, il nous fait vraiment beaucoup de bien et c’est devenu mon pote. Notre gatekeeper est extrêmement fort, puisqu’il arrive à bloquer la plupart des brouhahas, des bruits de fond pour l’hôte, pour éviter qu’elle ne soit parasitée par tout ça. En fait, elle arrive vraiment à vivre une vie normale, là où nous, on n’est pas des plus silencieux. Notre gatekeeper, c’est vraiment le pilier. Toutes les fondations se sont bâties autour de lui. Même s’il a des problèmes, je pense qu’on pourra consolider. Il y a quand même quelques piliers dans notre système, qui sont ceux qui étaient là au début, qui font que si jamais, il y en a un qui part, c’est un peu compliqué. Plusieurs autres alters se sont manifestés ou sont apparus. Lorsque ça devenait vraiment beaucoup trop à gérer pour lui, vu sa bienveillance, on a su pouvoir répondre et réagir pour l’aider, lui, puisqu’il a passé tout son temps à nous aider, nous. Il fallait bien qu’on lui rende la pareille. Il y a eu un moment dans sa vie où il n’était vraiment pas bien, puisqu’il vient lui-même d’une source, mais c’est un peu compliqué, puisque c’est une source que notre hôte avait inventée quand elle était petite. On avait oublié cette histoire, puis on s’en est souvenu quand il est apparu. Donc lui-même a eu, à un moment donné, un problème avec sa source. Des souvenirs, qui revenaient très souvent, qui lui faisait beaucoup de mal. Du coup, on l’a beaucoup épaulé, on a pris la relève. Puis voilà, en fait, c’est vraiment une grande famille. Je pense que c’est l’esprit qu’on essaie de garder avec tous ceux qui sont là et avec tous ceux qui apparaîtront peut-être plus tard. Vraiment, cet esprit de famille, cet esprit d’entraide, cet esprit de… On a besoin de nous tous. Si je devais adresser un petit message de courage, vraiment, ne lâchez rien. Il y a des moments où ça va être très difficile. Nous aussi, on l’a vécu et puis il y en aura forcément peut-être d’autres. Il faut avant tout s’accepter tous, même s’il y en a qui font des crasses, même s’il y en a qui sont plus difficiles, qui ont un caractère horrible. Il faut essayer de s’accepter, c’est avant tout des personnes qui souffrent. Il faut les accompagner, c’est des personnes qui ont besoin d’aide. Et oui, nous, maintenant, on est arrivés à un stade où franchement, ça va. On est aussi beaucoup aidés par l’extérieur, par des proches, par des gens q e se manifeste pas non plus. Forcément tous, mais on est quand même épaulés et on est écoutés surtout. Et je pense que c’est le plus important. »
Merci Loulio pour votre témoignage !
On voit donc qu’il y a une grande diversité de liens familiaux dans les systèmes des personnes multiples, autant que parmi les familles hors systèmes, et que les systèmes ont tendance à structurer les relations entre alters sous des formes familiales, ce qui peut être un mécanisme de cohésion interne, ou simplement une influence sociale : le cerveau crée à partir de la société dans laquelle il grandit et se construit.
Évidemment, il y a aussi des couples et autres types de relations amoureuses/sexuelles, etc.
C’est parti pour la catégorie suivante.
Les couples (et autres types de relations)
Il y a-t-il des alters en couple (ou en trouple, ou autre configuration) dans vos systèmes ?
Chez 67,1%, c’est le cas. Pour 28,6% des systèmes, il n’y a pas de couple parmi leurs alters.
On se pose des tonnes de questions sur les relations intra-systèmes, et nous essaieront surement de faire des sondages plus approfondis pour chaque catégorie. Dans la catégorie couple, nous nous demandions notamment si les couples ( ou trouples, ou autre configuration) d’alters étaient exclusifs, c’est-à-dire monogames/monoamoureux. On voit qu’il y a une grande diversité dans les réponses. Pour 43,8 % des systèmes, l’exclusivité dépend des couples. (On va utiliser le terme « couple » par praticité à l’oral, mais gardez bien en tête qu’on parle des configurations de relation amoureuse/sexuelle/autre, pas uniquement des couples.) 28,9% sont des couples exclusifs, et 20,2 ne sont pas exclusifs. Enfin, 6,1% ne savent pas s’il y a exclusivité ou non, et 1,7% ne souhaite pas répondre à la question.
Comme dans la vie hors système, les couples ne sont pas forcément éternels. Est-ce que les couples d’alters se séparent ? Pour 19,3%, c’est déjà arrivé. Dans une proportion proche (21,9), c’est arrivé à certains couples. Mais dans 49.1% des cas, le ou les couples du système ne se sont jamais séparés. 8,8% des répondant.es ne savent pas si un couple de leur système s’est déjà séparé ou non. Et 2.6% ne souhaitent pas répondre.
Il peut sembler évident à la communauté multiple que les alters développent dans leur système des sentiments et des dynamiques comparables à celles des singlets. Mais on fait le pari que si vous êtes singlet, vous avez appris des choses aujourd’hui. 😉
Écoutons le témoignage du système Porcelaine sur un couple de leur système.
« Il s’agit du coup de Zara et Jennifer, qui sont deux alters qui viennent des années 1900-1940, même avant 1930-1920. C’est un couple lesbien qui n’a jamais pu vivre autrement que caché. Ce sont des alters brain-made, elles n’ont pas de source, enfin une source brain-made quoi. Du coup justement, elles profitent du fait d’être dans le système, dans un système en plus qui est ouvertement queer, ouvertement hors normes on va dire, dans la société, pour justement vivre leur amour à elles et en profiter pour justement adopter un enfant. Pour le moment, rien n’est encore fait de leur côté. Aucun enfant, aucun little dans notre système n’est à elles. Mais voilà, elles profitent justement d’être dans ce système pour vivre leur amour qu’elles ne pouvaient pas vivre justement à part en étant cachées dans leur source entre guillemets. On s’est toustes mis d’accord communément pour ne pas avoir d’enfant dans la vraie vie. Et donc du coup, par contre, on a beaucoup de littles dans notre système. Je pense que la réflexion ça a juste été, maintenant qu’on est là, maintenant qu’on est libres, de là où elles venaient avant, où elles étaient persécutées, etc. En plus, il y a eu beaucoup de persécutions dans leur source et justement en fait, le fait de vivre dans un inner différent, ça leur permet d’expérimenter des choses qu’elles n’auraient pas pu expérimenter avant. Et c’est là d’où est venue l’idée de, maintenant qu’on est libre ici et qu’on est en sécurité dans cet inner-là, parce que justement elles se sentent en sécurité, on va pouvoir vivre notre vie telle qu’on aurait voulu la vivre ensemble. »
Merci au système Porcelaine pour leur témoignage !
Passons maintenant à une catégorie dont on entend souvent parler : les alters enfants (aussi appelés littles) et leurs relations avec le reste du système. Pareil, on a très envie de creuser plus avant sur cette thématique, mais patience, on y viendra ! Pour le moment, voilà des statistiques générales.
Les enfants au sein du système et les alters parentaux
Déjà, est-ce qu’il y a des alters enfants dans tous les systèmes ? On voit que c’est un type d’alters très fréquent, puisque 96,3% des systèmes ont au moins un.e alter enfant. Cependant, on peut noter que 1,9% n’ont aucun.e little, et que 1,2% ignorent s’ils en ont ou pas.
Les littles sont des enfants, mais avec des caractéristiques très variées suivant les alters, les systèmes, etc. Dans certains systèmes, des alters ont pour rôle de s’occuper des alters enfants. Dans quelle proportion ce fonctionnement existe-t-il chez les personnes multiples ?
Dans 80,1% des systèmes ayant répondu à l’enquête, il y a des alters qui font du reparenting. C’est donc un fonctionnement fréquent. Cependant, 11,2% des systèmes n’ont pas d’alter.s dédié.s à ce rôle, et 8,1% ignorent s’il y a du reparenting au sein de leur système.
Globalement, les systèmes semblent mettre en place des stratégies de protection des littles. On se permet un avis personnel, mais on trouve ça beau, quelque part, que les membres d’un système, qui souvent sont créés par le cerveau pour pallier à des défaillances, des abus, des traumatismes dans l’enfance, etc., prennent soin des enfants de leur système.
Pour terminer sur les littles, abordons un sujet un peu plus tabou : les alters né.es de l’union d’autres alters. C’est loin d’être rare, car 23,6% des systèmes ont au moins un.e alter né.e d’autres alters. Même si on note une franche majorité de systèmes où ce n’est pas le cas (62,1%), il semble judicieux de prendre en compte cette réalité, et aussi la zone de flou pour les 13% qui ignorent si leur système est concerné.
Nous avons échangé avec Miscé sur la division d’alters au sein de leur système, notamment en lien avec une little hypersexuelle.
Écoutons leur témoignage.
« On est une petite dizaine d’alters. Il n’y a qu’une seule petite, du coup, une seule little. Y’a un ado aussi. Le reste, on est tous adultes. Du coup, il y a trois alters fictifs. Et le reste, c’est que des alters humains. Je pense que c’est la première alter qui est venue. Pas celle qui est née avec le corps, mais celle où il y a eu le premier traumatisme et du coup, elle est apparue. Elle s’appelle Kali. Quand on était petites, on était toutes les deux, en fait. On va dire qu’elle était entière. Un peu déjà démone à l’époque. Vers les 6-7 ans, en fait, elle s’est divisée. Il y a eu Lou et il y a eu Kali. Kali est restée démone. Lou est, du coup, humaine. Elles ne se considèrent pas du tout comme sœurs. Alors que, par exemple, ce qui est intéressant, c’est qu’avec Lou, on se considère comme sœurs de sang. La dynamique entre Lou et Kali, c’est plus Kali qui va être très protectrice envers Lou. Kali aussi, c’est une alter hypersexuelle, alors que Lou, elle a une sexualité plus banale, en fait. En tout cas, elle n’est pas hypersexuelle. Et je pense qu’elles se sont divisées parce que socialement parlant, être hypersexuelle à 6-7 ans, c’est compliqué. On était, du coup, 4. Il y avait moi, je m’appelle Camille. Tyler, qui est le protecteur, qui est arrivé peu après Kali. Ça faisait déjà quelques temps qu’il était là. Quand on n’avait pas encore conscience du fait qu’on était un système, c’était lui qui gérait tout. Maintenant, je l’aide un peu. Et à côté, du coup, il y avait Lou et Kali. On a pris connaissance du TDI en avril. C’est en juin qu’on a eu le diagnostic. Suite à ça, Kali, on l’a sentie se scinder pour faire, du coup, Cassie. Et en fait, on ne sait pas trop pourquoi Cassie est là, à part le fait qu’elle est aussi hypersexuelle. Kali et Cassie, dans l’inner, ne sortent pas ensemble. Mais en fait, elles sont une sorte de sex friends ou un truc comme ça. Et je pense que c’est un peu pour gérer les pulsions un peu hypersexuelles pour éviter que ça soit trop impactant ici. Kali, en fait, s’est divisée deux fois. »
Merci à Miscé pour leur témoignage !
Parfois, ce sont les littles qui ont la meilleure vue d’ensemble du système, et/ou la possibilité de s’exprimer plus facilement que le reste du système. Voilà le témoignage de Nora. Le nom de naissance mentionné dans le témoignage a été changé :
« On a été diagnostiqué TDI P il y a 7 mois. On n’avait jamais entendu parler du TDI avant. Ça a donné du sens à plein de choses, mais on apprivoise encore tout ça.
C’est difficile de nous considérer comme des personnes différentes, car on est trop conscientes d’être une seule personne pour l’extérieur. Et en même temps, on est très distinct quand même.
À chaque fois, celle qui est en train de parler à l’impression d’être Jeanne* mais pas la même qu’avant. Alors il y a plein de Jeanne : petite Jeanne, Jeanne qui fait peur, etc. Nos parties sont définies par leur âge, ou par leur caractère, un trait déterminant.
Au fil du temps, avec le diagnostic qui nous apporte un peu de légitimité, ça devient plus distinct, et des parties ont d’autres prénoms, mais cette base est encore très présente.
Celle qui a la meilleure vue d’ensemble, c’est une petite. Il y a une partie qu’elle appelle « la sorcière ». J’ai l’impression qu’on ne se perçoit pas toutes de la même façon.
La communication est difficile, elle est très rarement directe, plutôt par textes ou dessins interposés, ou par une autre personne, comme notre psy. Dans l’espace de nos séances thérapeutiques, lorsque quelqu’une vient parler, d’autres peuvent en même temps. Parfois même, dès la salle d’attente de la psy, il y a beaucoup plus de monde de présent. Quand physiquement on est toute seule, c’est plus compliqué, plus furtif. Je ne trouve pas de mots pour définir précisément.
Comme on est autistes, on a un grand besoin d’utiliser des mots précis, justes, spécifiques. Du coup, cela nous enlève parfois notre capacité à exprimer ce que l’on vit en interne. C’est peut-être pour cela que la petite a plus de facilité à s’exprimer, car elle a une exigence moindre à ce niveau.
On a souvent l’impression de manquer de mots. Ça semble difficile d’utiliser les mêmes mots que ceux qui sont utilisés pour décrire des choses différentes, des relations externes à la multiplicité. Parler de fratrie ou de parenté pour parler de nous nous semble bizarre. Par exemple, j’ai une petite sœur, et je n’arriverais pas à considérer les parties petites comme des petites sœurs, même si j’ai un comportement avec elles qui est proche de celui que j’ai avec ma petite sœur.
Tous les termes qui définissent des relations extérieures ne peuvent pas correspondre à ce que je vis en interne. »
Merci à Nora pour leur témoignage !
Terminons avec la dernière catégorie, peut-être un peu taboue : la compagnie dans l’inner, par exemple ceux qu’on appelle les PNJ, ces êtres (humains ou non-humains) qui ne sont pas des alters mais qui apportent de la compagnie aux alters d’un système, souvent dans l’inner.
La compagnie – les PNJ
Il y a-t-il des PNJ (quel que soit leur nom) dans les systèmes ayant répondu à l’enquête ? Et bien oui, dans la moitié des cas (49,7%). Un quart des systèmes n’a pas ce type d’êtres en interne (25,5%) et un autre petit quart ignore si c’est le cas (23,6%).
Jouent-ils un rôle de soutien psychologique ? Remplissent-ils des besoins spécifiques au sein du système ? On a très envie d’en savoir plus à ce sujet ! Pensez à nous suivre sur les réseaux pour participer aux prochaines enquêtes !
Conclusion
Malgré des tendances générales, chaque système est unique, avec des structures et des dynamiques relationnelles variées, passant par l’amitié, le conflit, la hiérarchie, les relations familiales et amoureuses, etc… Le spectre de la multiplicité est riche ! Immensément riche ! Chaque système a un fonctionnement propre, suivant ses besoins et son histoire.
Et les relations intra-système ne se limitent pas à des schémas rigides : l’amitié et le conflit coexistent, la hiérarchie est présente mais non systématique, et les liens familiaux sont propres à chaque système. De plus, les liens évoluent dans le temps chez beaucoup de systèmes. Cette plasticité des liens mérite d’être étudiée plus en profondeur.
Est-ce que les conflits intra-système sont susceptibles de s’apaiser ou de s’intensifier en fonction du niveau de communication et de coopération entre alters ? Ou bien d’autres paramètres rentrent-ils en ligne de compte ? Est-ce que les relations entre les alters sont influencées par le travail thérapeutique, et si oui comment ? Comment les systèmes s’adaptent à l’arrivée (émergence, division, etc.) ou au départ (dormance, fusion, etc.) d’alters ?
La hiérarchie qui émerge dans 41,7% des systèmes non programmés découle-t-elle d’un besoin d’organisation interne, ou d’un héritage de mécanismes de contrôle externes (trauma, abus…). Quelles sont les pratiques de décision collective qui existent dans les systèmes ? Ces derniers sont-ils plutôt des démocraties, des monarchies, des totalitarismes, des anarchies, etc… ?
Les liens familiaux sont fréquents dans les systèmes (71,4%), tout comme les relations de couple (67.1%). Est-ce que ces liens facilitent la cohabitation et la coopération entre alters, ou au contraire ? Est-ce que cela contribue à la stabilité du système, en offrant des repères affectifs sécurisants, ou bien est-ce qu’il est possible que cela occasionne des tensions avec les relations extérieures au système ?
L’existence fréquente du reparenting dans les systèmes vise t’il à combler des lacunes affectives et sécuritaires du passé, ou bien est-ce indépendant, dans une certaine mesure, des traumas vécus par le système ?
Concernant les PNJ, ces êtres qui ne sont pas des alters mais qui pourtant existent bel et bien dans la moitié des systèmes (49,7%), à quoi ressemblent-ils ? Comment aident-ils les alters ? Est-ce que leur existence pourrait être au service d’un besoin de continuité narrative pour les systèmes, de cohérence interne, ou bien d’autre chose ?
Bref, comme vous le voyez, vos réponses à notre enquête nous font nous poser 1000 fois plus de questions qu’au début ! On espère pouvoir en explorer une partie avec vous !
Encore un immense merci à toustes celleux qui ont répondu à l’enquête, qui ont témoigné, qui nous ont soutenu pour la réalisation de cette vidéo, et évidemment, merci à vous qui êtes présent.es et venez de regarder notre vidéo !
Vous pouvez nous suivre sur Insta et Facebook, sous le nom @etresmultiples
On se retrouve de suite dans les questions/réponses.
Intervention proposée par:
- Atoll (elle/iels) | Multiple : « Nous sommes un système de 20+ alters, avec des personnes passionnées de sociologie, de psychologie et de santé mentale dedans, mais pas que. »