Deux systèmes différents discutent de leur manière de communiquer et comment fonctionnent leurs relations intra-systèmes, et comment ces dernières ont évolué au fil du temps.

Avertissements de contenu:

Plusieurs mentions implicites de validisme (ex : idées reçues sur le TDI, etc) ; mention directe de communication forcée entre alters ; mention directe du concept de « fusion finale » (défini dans l’intervention)

Transcription:

[Indigo] Bonjour. [Sage] Bonjour. [I] Je suis le système Indigo et tu es le système [S] Sage, et donc aujourd’hui on est là pour faire une petite intervention slash discussion entre nous deux par rapport à nos deux fonctionnements de système [I] et comment marchent les relations à l’intérieur de nos systèmes. [S] Exactement. [I] Est-ce que tu veux te présenter un peu plus en profondeur par exemple ce que tu aimes ? [S] Vas-y, commence. [I] D’accord, moi c’est le système Indigo, le corps à 21 ans, j’aime dessiner, j’aime Stardew Valley et voilà à peu près. [S] Donc moi c’est le système Sage, c’est pas vraiment le nom de mon système mais j’ai pris un pseudo en plus, donc c’est un peu un pseudo système. Le corps à 19 ans et j’aime bien la musique, qu’est-ce que j’aime d’autre ? Pas mal de choses. [I] Tu aimes dessiner ? [S] J’aime bien dessiner, la musique, ça dépend de qui au fond aussi en général. [I] Oui c’est vrai. [S] Mais pas mal de passions artistiques. [I] Pourquoi on fait la vidéo ensemble ? Tout simplement parce qu’on est partenaire système, du coup nous sommes ensemble et nous sommes ‘système partners’. [S] Petite pause rapide pour faire une liste des triggers warnings de cette intervention, pour que tout le monde soit au courant, j’afficherais aussi à l’écran quand un de ces sujets sera abordé. Mais donc trigger warnings au niveau de mentions de validisme même si c’est pas explicite, de communication forcée entre les alters, et enfin du procédé de fusion finale, qu’on définira plus tard dans la vidéo. Donc voilà, ce sera précisé visuellement quand ces sujets seront abordés, comme ça vous pourrez être prévenus et couper le son le temps qu’on passe à autre chose si nécessaire. [I] J’ai une question pour toi. [S] Oui bien sûr. [I] Sage, Quand as-tu découvert ton système ? [S] Ça commence vite. J’ai découvert mon système vraiment très récemment en fait, c’est-à-dire qu’il y a à peu près un an. Je pense que le système il était là depuis plus longtemps c’est sûr, mais je m’en suis vraiment rendu compte dans son entièreté il y a un an environ, sachant que du coup Indigo ici présent avait déjà connaissance de son propre système. [I] Oui mais pas depuis longtemps. Je l’ai découvert je crois quelques mois avant toi, même pas un an avant toi. Peut-être un an avant toi ? [S] Un an avant moi oui. [I] Un an avant moi… euh avant toi. [S] Mais il avait déjà des connaissances sur le sujet et au départ c’était amusant parce qu’il me vannait simplement sur le sujet pour qu’au final je me rende compte que j’avais vraiment un système. Je l’ai découvert récemment et ça n’a pas été super facile parce que j’ai eu beaucoup de difficultés déjà de base avec mon identité. [I] Ton identité, ton identité de genre, ton identité sociale ? [S] Un peu de tout en fait, mon identité sociale, ma personnalité, ce que je suis et c’était très difficile de m’accepter en tant qu’être humain. Alors ça c’était pas forcément hyper facile. [I] Quand tu t’es rendu compte qu’il y avait plusieurs alters à accepter. [S] Exactement. [I] Moi du coup comme je l’ai dit il y a quelques secondes, quelques minutes, oui donc je l’ai découvert quand j’avais environ 17-18 ans. Et il faut savoir qu’en fait on s’est rendu compte plus récemment qu’on a, toute notre vie, oscillé entre ne pas avoir conscience de notre système et avoir totalement conscience de notre système. Et que du coup il y a eu plusieurs oublis successifs avec le changement des hôtes. Et du coup il y a eu au moins deux autres découvertes, une quand j’étais en primaire – quand on était en primaire – et une quand on était au collège. Et nous en fait quand on l’a redécouvert au lycée du coup, on était au lycée, il y a eu en fait, on n’a pas eu peur du tout. On l’a même extrêmement bien accepté tout simplement parce qu’on était renseignés. On était beaucoup renseignés sur ce qu’était un système. Parce que je sais pas pourquoi on s’est dit tiens renseignons-nous à fond sur ce sujet. Et du coup c’était pratique. Et surtout on était dans une période de fatigue extrême où on avait la pensée, qui n’est pas forcément une pensée à avoir, mais malheureusement on l’a eue, qui était ce serait peut-être plus facile, je me sentirais moins seule s’il y avait des gens avec moi. Et en fait, spoiler alert, il y avait des gens dans ma tête avec moi. Et du coup il y a eu une sorte de, pas de joie, mais de soulagement quand on a découvert qu’on était plusieurs. C’était en fait ça va, en fait on n’est pas seul et ça va bien se passer. Et on va pouvoir se répartir les tâches et essayer de mieux gérer ce qui se passe actuellement. Et du coup il n’y a jamais eu trop de peur vis-à-vis du système, ce qui est plutôt une chance. Après la découverte, comment vous vous êtes, vous avez commencé à communiquer, à interagir ensemble ? [S] Alors pour nous ça a vraiment été un peu la galère, dans le sens qu’on a accepté assez rapidement qu’on était multiples, mais c’était difficile en fait de faire du mapping. Même encore aujourd’hui, le mapping c’est pas évident. [I] Après c’est pas… ça peut être… vous faites du mapping des fois, mais pas de façon conventionnelle. Mais ce qui n’est pas grave, on reparlera des conventions plus tard. [S] Mais par exemple, encore aujourd’hui, je n’ai pas, ou alors de manière très très restreinte, un inner world. Et donc communiquer entre alters, quand on a compris qu’on était un système, ça a été très vite compliqué. Le simple fait par exemple d’avoir des noms, de se donner des noms, ou que les alters disent moi je m’appelle comme ça, c’était quasiment impossible en fait. Tous les alters en fait, c’est Indigo qui leur a donné des surnoms. [I] Avec, précise quand même que c’était avec ton consentement. [S] Oui avec mon consentement, oui bien sûr, bien sûr. [I] Avec vos consentements. [S] Avec nos consentements à tous, c’est Indigo pour qu’on cède, nous comme eux, à se partager. On avait des surnoms et plusieurs depuis, ont, soit récupéré le surnom comme leur propre nom, ou alors ont trouvé leur propre nom ensuite. [I] Par exemple Plume ou Alastair qui ont choisi leur propre nom depuis. [S] Mes deux hôtes qui sont Plume et Alastair ont choisi leur nom, mais l’un des littles, Cactus, a gardé le surnom. Ah non c’est Sunny, pardon. [I] Sunny ? [S] L’un des little, Sunny, pardon. [I] Ah je savais pas. [S] Sunny a gardé du coup le surnom et l’utilise maintenant comme nom d’alter. [I] D’accord, et quand vous voulez vous faire passer un message entre vous, comment ça se passe ? Est-ce que vous le faites à l’écrit ? Est-ce que vous arrivez à vous parler quand vous êtes dans votre tête, au front par exemple ? [S] Alors, c’est plus compliqué de s’exprimer directement dans la tête, mais ce qui fait que des fois on communique verbalement, c’est-à-dire que… [I] À voix haute ? [S] À voix haute, voilà c’est ça. Des fois à l’écrit, mais on n’a pas encore assez expérimenté je sais qu’on devrait, mais on n’y pense pas assez. Mais c’est pas toujours facile de communiquer ou même d’interagir parce que même si on communique, même quand on arrive à communiquer dans notre tête entre guillemets, notre inner world, enfin s’il existe en tout cas, nous sépare. Donc on peut pas interagir dans un inner world physiquement ou même voir un autre alter. [I] D’accord. [S] Donc c’est assez compliqué des fois pour la communication. Et pour vous ça se passe différemment ? [I] Oui, pour nous ça se passe différemment et on a tout de suite réussi à beaucoup communiquer parce qu’en fait on a cherché directement, on était tellement dans le seul qu’on a cherché directement à communiquer avec tout le monde. Et malheureusement, j’en parlerai plus tard, mais ça nous a un peu porté préjudice sur certains alter qui voulaient pas communiquer et on les a forcés à communiquer. Ce qui n’était absolument pas une bonne chose et du coup ça a créé des conflits internes. Et du coup on communique énormément en fait en discutant. Moi j’entends leur voix dans ma tête et du coup la communication principale va se faire par la passation d’idées, de sentiments ou même juste parler à l’intérieur. En gros, imaginons je fais la vaisselle, je vais peut-être avoir quelqu’un qui fait « oh après il faut qu’on fasse les courses » et puis deux autres qui vont faire « oh faisons une liste de courses » même si ça se passe rarement aussi bien parce que souvent il y en a trois autres qui sont là. J’ai un assez gros système, je l’ai pas précisé, on est plus de 200. [S] On est dix. [I] Après le nombre on s’en fiche un peu, c’est pour planter le contexte parce que du coup forcément nos communications se passent pas pareil aussi vu le nombre parce que c’est pas vraiment possible à chaque décision de demander l’avis de plus de 200 alters, sachant qu’il y en a qui ne font jamais, il y en a qui sont au fin fond de l’inner, il faut aller les chercher pour leur poser des questions. Enfin c’est un peu compliqué. Mais du coup il y en a souvent trois autres qui sont en train de chanter ou qui font autre chose ou qui ont des discussions totalement avec d’autres sujets, donc c’est un peu brouillé parfois quand il y en a trop qui parlent ensemble. Mais généralement quand on se pose, surtout quand on s’allonge et qu’on est dans un endroit calme, c’est plus facile de communiquer comme ça. Après on a aussi beaucoup testé l’écrit qui marchait très bien avec nous aussi. Et à l’intérieur de l’inner, on vit notre vie et on communique aussi. Mais le problème c’est que pour la plupart de ceux qui front, qu’on oublie un peu ce qui s’est passé dans l’inner. Et du coup, s’il y a une information importante qui a été donnée dans l’inner, à part si on fait un effort conscient pour s’en souvenir, et on se dit, et encore ça ne marche pas toujours, on va l’oublier en fait en l’inner. Donc c’est mieux de communiquer par le cerveau. [S] Ça n’arrive pas tout de suite par instinct, “tiens, on m’a dit ça dans l’inner” parce que… [I] Non pas du tout, il y a une sorte de barrière entre le conscient et l’inner. Pour la plupart, il y en a qui l’ont pas, il y en a qui l’ont plus, il y en a qui l’ont moins. Ça dépend aussi des alters. Mais d’expérience, il y a une barrière. [S] Vous interagissez aussi physiquement dans l’inner ? Vous pouvez interagir physiquement ? [I] Oui, on peut. En fait, l’inner, c’est… On agit comme à l’extérieur avec des personnes externes au corps. Mais sauf qu’on est dans l’inner, donc on peut se toucher, on peut… En plus, on a de la chance parce que sensoriellement, on a quasiment tous nos sens à l’intérieur de l’inner pour la plupart. Et du coup, le toucher marche. Donc c’est vrai qu’on peut se faire des câlins, par exemple, des choses comme ça. Même si ça ne sera jamais équivalent à une personne qui nous fait un câlin, une personne extérieure au corps qui nous fait un câlin. C’est toujours différent. Mais ça s’en rapproche quand même pas mal. Du coup, on part sur les relations plus que la communication. Est-ce que tu veux parler, par exemple, d’un altère dont tu es proche ou d’une relation qui te marque dans ton système ? Comment vous vous considérez les uns les autres, par exemple ? [S] Je vais rapidement évoquer plusieurs alters parce que c’est différents types de relations selon les alters. Donc moi, là qui suis au front, je pense que je suis Plume. Donc l’une des hôtes, je suis en co-hôte avec Alastair, du coup. Et comme je l’ai dit, la communication, c’est compliqué. Et donc, par conséquent, les relations vont en être aussi impactées. Dans le sens que, par exemple, je pense aux littles, notamment, qui, quand ils sont tristes, tout seuls, qu’ils ont besoin d’un alter parental, d’un alter en général pour les aider, en n’auront pas forcément parce qu’on ne peut pas forcément se voir dans un inner. Donc ils vont tenter de manière externe au système d’aller voir d’autres gens. Mais intra-système, c’est difficile, par exemple, de les consoler ou de passer du temps avec eux. Mais il y a quand même, au fur et à mesure de la communication, comme on arrive des fois à échanger des dialogues, des relations qui se créent. Donc moi, je suis surtout assez proche avec Alastair parce qu’on ne travaille pas, mais on travaille ensemble. [I] C’est une entreprise ! [S] On est dans le même bureau. Non, mais on est souvent ensemble et on arrive un peu en symbiose, si je puis dire. Il y en a avec qui je m’entends plus ou moins bien. Par exemple, il y a un autre alter parental avec qui je m’entends bien. Il y a un alter persécuteur avec qui j’avais du mal à m’entendre, mais qui est en dormance sans doute en ce moment. Donc on ne communique plus beaucoup. Mais voilà, on n’est pas beaucoup et ça peut donner l’impression que c’est très facile d’avoir plein de relations entre nous, mais pas tant que ça, parce qu’on communique différemment. [I] Avec le problème de communication et l’innerr qui est restreint. [S] C’est ça, ça se fait. C’est juste très, très lent et on travaille beaucoup sur le sujet parce que peut-être qu’on aura un inner world plus complexe, peut-être pas. On va voir, mais on a encore pas mal de mapping à faire. [I] Pour ma part, on se considère pour la plupart comme une sorte d’énorme famille. Une famille de 200 personnes, ça fait une sacrée salle de fêtes à louer pour les fêtes de famille. En fait, on s’est dit au départ qu’il fallait qu’on se soude absolument contre le reste du monde. Et que si nous, déjà, on n’était pas soudés, pour la plupart, ça allait poser problème. Donc la plupart, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais la plupart d’entre nous avons des liens familiaux très, très forts, même si ce n’est pas famille de sang avec les autres alters. Et dans cette dynamique, on a aussi, le cerveau a créé aussi énormément d’alters avec des frères et sœurs de sang et notamment beaucoup d’alters qui sont des jumeaux. Pourquoi ? Je ne sais pas. Voilà. Et du coup, cette dynamique familiale est vraiment au centre des relations de notre système. On a aussi, par rapport à ce que tu parlais des littles, tu parlais des littles, on a énormément de littles et eux, par contre, leurs relations vont plus s’effectuer dans l’inner pour la plupart. Ils front, mais moins. Quand ils front, c’est compliqué parce qu’ils doivent souvent masquer, parce que se comporter comme un enfant en public, ça nous fait tous un peu peur. Et du coup, le masking. [S] Même dans des lieux safe, c’est toujours très compliqué pour vos littles d’être à l’aise. [I] Je ne sais pas si c’est compliqué pour les littles ou si c’est compliqué pour les alters qui sont derrière et qui transmettent leur stress sans le vouloir aux littles en question. Je ne sais pas exactement, mais du coup, leurs relations à eux se font dans l’inner où il y a des bâtiments. Je sais qu’il y a une école, il y a une sorte de garderie et une nursery où on a des littles qui sont tous ensemble dans ces bâtiments avec des alters parentaux. Les parentaux, c’est un rôle qu’on a donné à certains de nos alters qui ont des figures de parents envers le reste du système et on les différencie un peu des caretakers parce que nos caretakers vont plus se centrer sur l’accompagnement des littles. Du coup, on a eu besoin de différencier ce rôle et de le diviser en deux parce que ça se passe comme ça dans notre système. [S] Mais ça se voit votre dynamique familiale, même de l’extérieur. Bon après, moi du coup, je suis conscient de votre système et évidemment, on a appris à se connaître. Je connais votre système, mais ça se voit énormément que vous êtes tous très proches. Rien que vos hôtes actuels, je sais, Thomas et Virgile, ils échangeraient pas l’un pour l’autre, enfin ils sont… [I] Ils sont extrêmement proches. Et on est tous un peu comme ça. Et c’est là que je vais dériver vers un autre thème. [S] Transition. [I] Transition. Je reviens sur ce que je disais au début par rapport au fait de rechercher absolument à communiquer avec tout le monde dans notre système. Ça a créé en fait des conflits. Déjà parce qu’on s’y prenait extrêmement mal en essayant absolument d’attribuer un rôle à tout le monde. On casait les alters dans ces cases de rôles et dès que l’alter dépassait un peu de ce rôle, on était un peu psychorigides et assez toxiques en lui disant mais non, mais tu peux pas faire ça parce que ton rôle se cantonne à ça. Tu peux pas être autre chose que ton rôle, ce qui n’est pas une chose à faire. Je déconseille très fortement parce que ça nous a posé pas mal de problèmes et ça a surtout fait beaucoup de mal aux alters qui ont subi ça. Je pense par exemple à Virgile. Il pourrait témoigner, mais il n’est pas là. [S] Il se cache. [I] Virgile, au départ, on l’a identifié comme un alter social et c’était surtout un alter qui avait le rire facile. Et du coup, on lui a demandé de faire des choses, notamment lorsqu’on allait vraiment mal, de masquer notre… Notre… Notre état de santé en faisant rire les autres et tout ça. Et c’est un rôle qu’il voulait absolument pas entreprendre et qu’on l’a plus ou moins forcé à avoir, ce qui a fini par le faire partir en dormance. Et après, on a pu s’expliquer et on a aussi compris que c’était vraiment pas quelque chose à faire. Et du coup, maintenant, les relations vont mieux, mais il y a eu pas mal de disputes, pas mal d’alters qui se sont rebellées assez violemment contre notre façon de faire. Et aussi, cette façon de communiquer avec les autres, ça nous a posé des problèmes parce qu’on a découvert des choses qu’on ne devait pas découvrir tout de suite et qui se sont… Tout s’est révélé en même temps. Et ça nous a fait beaucoup de mal aussi. En fait, on a eu une sorte de retour de bâton de vouloir trop forcer la communication. Maintenant, on ne la force plus. Maintenant, on essaye juste, on dit bonjour. Si la personne ne répond pas, on ne va pas la suivre pendant dix minutes en mode “bonjour, hey hey tu fais quoi, hey”. Parce qu’en fait, on s’est rendu compte que ça ne sert à rien et que même si en soi, les alters, ce sont d’autres parties d’une conscience commune. C’est comme ça qu’on l’interprète, en tout cas. Nos alters, du coup, même si nos alters sont pour nous la même, d’autres parties d’une conscience commune, c’est pas la peine… C’est aussi des êtres humains avec leur sensibilité et tout ça. Et il faut les traiter comme si c’était d’autres êtres humains quelque part. Nous, on a essayé comme ça et c’est ce qui a fonctionné au final. Et donc, vient ma question. Est ce que tu as eu des problèmes de conflit, toi, dans ton système? [S] Alors, nous, on n’a pas forcé la communication dans le sens qu’on a très vite compris qu’il y en avait vraiment très peu. Donc, on s’est juste dit bon, on va attendre. Donc, on n’a pas eu, et au niveau des rôles aussi, on a attendu, on a eu du mal à attribuer justement des rôles aux alters parce qu’on a attendu que les haltères, en fait, se définissent eux-mêmes dans ce qu’ils voulaient faire. Et ils ne se cantonnent pas spécifiquement à leurs rôles. Même en général, chaque alter a plusieurs rôles, au moins deux ou trois. Donc, on n’a jamais vraiment eu ce problème. Mais il y a un alter dont j’ai parlé tout à l’heure, qui du coup s’appelle Fang, qui avait beaucoup, beaucoup de mal, qui a subi des… qui fait partie des alters qui sont des traumas holders. Et en conséquence, qui a un mécanisme de défense assez malsain, qui est de toujours s’isoler et de rappeler que de toute façon, je vais pas aller dans les détails, mais de s’isoler et répéter des pensées qui sont malsaines. [I] Qui sont très négatives en tout cas. [S] Négatives, malsaines, pas top pour la confiance en soi, tout ça. Et c’est pendant longtemps, enfin pendant très longtemps, ça a été difficile d’évoluer parce que quand Fang était pas loin du front, on avait… on se sentait… [I] Parce qu’il y avait ces boucles de pensées qui prenaient le dessus. [S] Exactement. [I] Parce qu’en plus, il me semble… Excuse-moi si c’est pas ça. Ça dérange pas que je prenne la parole ? [S] Non, bien sûr. [I] Il me semble que Fang les disait aux autres alters. [S] Oui, c’est ça. En fait, il ne les disait même pas à lui-même, c’est-à-dire qu’il le disait aux autres alters. Et en mécanique de défense, en fait, rabaissait tout le monde en permanence et pouvait vraiment être même très très agressif en rabaissant comme ça. Et c’était un peu infernal de devoir… Enfin, quand Fang n’était pas loin du front. Et c’est pas vraiment contre lui parce que… [I] Oui, c’est comme ça qu’il cherche à vous protéger. Il cherche à vous protéger mais pas de la bonne manière. [S] Et donc ça a continué jusqu’à une crise assez puissante et une altercation entre deux alters qui est le seul contact physique qu’il y ait eu entre deux alters pendant tout le système, depuis toute l’histoire de la découverte du système. Ce qui a résulté en Fang en dormance. Et donc maintenant, il est en dormance. Donc on n’a pas forcément de conflit entre les alters. Mais c’est resté quand même assez difficile cette période-là. [I] Oui, tu m’étonnes. C’est assez difficile quand un alter fait ce genre de choses. Oui. Vous en avez eu aussi ? Vous avez votre lot de… On en a eu un, mais ça s’est assez vite réglé, on va dire. Mais ouais, je comprends la difficulté. Du coup, je pense qu’on a fait le tour. Est-ce que tu as autre chose à aborder ? Des questions à poser ? [S] Alors, j’essaie de réfléchir. Est-ce que vos relations, même si les relations intra-système et extra-système ne sont pas forcément liées, est-ce que des fois, il y a des impacts, par exemple, de l’un sur l’autre ? [I] C’est-à-dire des impacts ? [S] Pas des impacts, mais dans le sens, par exemple… Je ne sais pas comment dire. Enfin, ce n’est pas une bonne question parce que je ne sais pas comment l’expliquer plus que je ne l’ai dit… [I] Est-ce que nos relations internes ont des impacts sur notre personnalité ou sur notre vie ? [S] Par exemple, sur votre personnalité ou sur les relations avec les autres ? [I] À l’extérieur ? [S] Oui. [I] Généralement, non. Enfin, c’est comme avoir un frère ou une sœur dans la vraie vie, sauf qu’il est dans ta tête. Et du coup, il n’y a pas vraiment d’impact, je dirais. À part peut-être pour certains alters qui sont en couple à l’intérieur de l’inner et qui, quand ils vont fronter, vont peut-être avoir moins de gestes envers vous. [S] Ce qui est compréhensible. [I] Parce que soit ils sont monogames, soit ils sont confus. Ça peut arriver, ce genre de choses. [S] Je sais que ça se voit par exemple avec les alters qui ne nous connaissent pas assez et qui du coup restent un peu à l’écart, en mode, “qui êtes-vous ?” [I] Mais sinon, après, les relations intra systèmes vont souvent avoir quelque chose de positif, enfin un impact positif. Parce que quelque part, on sait que quoi qu’il arrive, on sera toujours soutenu par les autres alters. Et donc ça crée une sorte de refuge où on sait qu’il sera là, quoi qu’il arrive, et que ça ira, tant qu’on est ensemble, tout ira bien. [S] Oui. [I] Et ce qui m’amène à ma dernière question, même si je viens un peu de répondre à cette question. Dans le parcours psychiatrique, par rapport au TDI notamment, il y avait, je crois que maintenant c’est moins imposé qu’avant, mais il y a la question de la fusion finale. En gros, c’est l’idée que pour qu’une thérapie sur les systèmes fonctionne, d’après les psychiatres, ça fonctionne, je crois que c’était 20%, ça ne fonctionne qu’à 20% du temps, d’après les études. Pour les psychiatres, pour qu’une personne avec un système « guérisse », il faudrait que tous les alters fusionnent pour donner qu’une seule et même personne. Et du coup, si toi, un jour, tu allais en thérapie et qu’on te proposait la fusion finale, qu’est-ce que tu en penserais ? Est-ce que tu le ferais ? Est-ce que tu ne le ferais pas ? [S] Non, je ne pourrais pas. Enfin, il me faut toujours beaucoup de temps pour m’adapter, il nous faut toujours beaucoup de temps pour s’adapter les uns aux autres. Parce qu’on n’est pas un système récent, mais en tout cas, on a un système qui a été découvert récemment. Mais je tiens aux autres alters, et je pense que c’est pareil pour eux. Et je sais que pour certains, certains peuvent préférer ça comme suivi psychiatrique. Moi, je ne sais pas comment l’expliquer, mais ça me mettrait très très mal à l’aise en fait. Parce que c’est comme ça, c’est mon système, et même si ce n’est pas toujours facile, je suis bien. [I] On est un peu du même avis, et même l’idée qu’on puisse nous proposer ça fait que certains alters sont complètement contre le fait qu’on évoque notre système en thérapie, parce qu’ils ne veulent vraiment pas qu’on nous oblige à fusionner, ce qui pose parfois problème en thérapie du coup. [S] Ils ne vous obligeront jamais, mais je comprends que ça vous angoisse. [I] Les fusions nous angoissent déjà de base, alors que tous fusionner en un seul, t’imagines ne plus pouvoir communiquer ? Tu communiques moins, mais ne plus sentir la présence des autres… [S] Sachant que vous vous communiquez énormément, et que vous êtes très nombreux, je saisis parfaitement votre stress et votre angoisse par rapport à ça. [I] Autre chose à ajouter ? [S] Non, j’aurais juste des choses à dire pour tous ceux qui écoutent, qu’on a parlé des conventions tout à l’heure. Nous, on a aussi fait ça à deux, parce qu’on sait qu’on est deux systèmes qui sont assez différents, parce que tu as… Indigo à un système avec plus de 200 alters, un inner world assez développé, une communication qui est vraiment bien développée, et moi à côté, qui vient à peine de découvrir mon système, on a 10 alters, quasiment pas d’inner, on communique différemment. Et c’est juste pour vous dire qu’il n’y a vraiment aucune norme quand on est multiple. [I] C’est très vrai. [S] Que ce soit un TDI ou un autre trouble de dissociation. Quelle que soit la forme de pluralité, il n’y a pas d’attente à ce qu’on se conforme. En fait, c’est un peu comme l’autisme, il y a un spectre de l’autisme par personne autiste, et c’est la même chose pour la pluralité. Chacun a sa propre pluralité, il n’y a pas de modèle, il n’y a pas de convention, et il ne faut vraiment pas vous angoisser par rapport à ça. [I] Est-ce que du coup on peut dire aussi que la pluralité est un spectre ? [S] Oui. [I] Oui. [S] Insérer l’image de fantôme sur l’écran ! [I] Oui ! [S] Voilà, donc c’était notre présentation. T’as quelque chose à ajouter toi ? [I] Non, moi c’est bon. Aimez-vous les uns les autres ? [S] On partage des messages ! [I] En tout cas j’espère que ça vous a peut-être plu, et que ça vous a peut-être montré deux façons de… [S] De communication, de relations, tu t’en sors bien. [I] Non ! [S] Mais si tout se passe bien, on sera là pour répondre à vos questions juste après l’intervention. [I] J’ai trop hâte ! J’ai hâte de voir les questions des gens en fait. [S] Et c’était un plaisir de faire cette présentation. [I] Oui ! Au revoir ! [S] Au revoir !

Intervention proposée par:

  • Indigo (il/lui | Plural): « Nous sommes system partners, vivant ensemble et appréciant partager notre quotidien en tant que systèmes avec des troubles neuroA. Indigo a un corps de 21 ans, aime Stardew Valley et le dessin. »

  • Sage (any pronouns | Plural): « Nous sommes system partners, vivant ensemble et appréciant partager notre quotidien en tant que systèmes avec des troubles neuroA. Sage a un corps de 20 ans (19 au moment de l’enregistrement), aime la musique et les oiseaux. »